"Mieux vaudrait, après votre mort, une méchante épitaphe que, de votre vivant, un mauvais renom." - William Shakespeare
"Je ferai taire les médisants en continuant de bien vivre: voilà le meilleur usage que nous puissions faire de la médisance." - Platon
Il se trouve que je travaille en entreprise. Or comme dans toute famille, l'entreprise se caractèrise par son degré de médisance. C'est là chose banale; les enjeux de pouvoir se règlent
aujourd'hui comme hier non pas par l'intelligence , la compétence, le savoir, la sensibilité ou, révons un peu, par la gentillesse ou même l'humour mais par la médisance. "Médit plus que ton
prochain" semble être le nouveau crédo. A une époque où chacun est
toujours l'esclave d'un autre, que l'on soit directeur ou simple ouvrier, médire ressere les liens primitifs du groupe. La
meute trouve alors sa proie favorite en la personne de son entrourage qui incarne le mieux l'écrivain. Et qui donc incarne le mieux un écrivain potentiel sinon celui ou celle qui écoute, observe et
voit mieux que les autres?
(A cet égard, il serait intéressant d'analyser les profils psychologiques des auteurs des massacres de Blacksburg - Virginia Tech - et de Columbine. Comme pour minimiser ces affaires, journalistes
et hommes d'état en parlent comme le "fait d'individus isolés" ou de fous. Personne ne semble s'être attardé sur le fait que deux d'entre eux tenaient un journal intime et que l'autre écrivait des
pièces de théâtre. Au vue de leurs écrits, rien ne justifie qu'on puisse leurs accréditer un quelconque talent. Mais la question mérite d'être posée: étaient-ils des écrivains en puissance? A
défaut d'analyse sérieuse, parions que ces tueries profiterons sans tarder à l'industrie cinématographique laquelle sautera sur ces scénarios gratuits et spectaculaires comme une hyene sur le
gibier fraîchement tué d'un guépard.)
L'homme de pouvoir hait l'homme d'esprit. C'est connu. Autant l'homme d'esprit habite la vérité autant l'homme de pouvoir habite le mensonge. Ils ne peuvent cohabiter. La raison en est simple:
l'homme de pouvoir a un complexe d'infériorité que vient tourmenter tout esprit fort et ce malgré lui. En la matière, les corps parlent d'eux même.
Dans mon entreprise, il y a plusieurs services. A la tête du mien, il y a un chef. Sous lui, nous trouvons une dizaine de sous-chefs. Sous eux encore, quelques sous-sous-chefs. Reste les
autres, dont moi. Parmi nous, certains rêvent de prendre la place de leur sous-chef respectif et le médise comme il se doit. D'autres n'ont rien à dire et se taisent. D'autres (peu nombreux) dont
je fais partie ont choisi de se trouver d'autres aventures, intérieures si possible, et ironisent régulièrement sur les péripéties du service. Il s'agit donc bien d'une entreprise normale où les
places de chefs sont déjà pourvues et ne seront libérées qu'exceptionnellement. Or, des expériences sur les rats le prouvent, plus le périmètre d'activité (ici, celui du pouvoir) se réduit
plus les conflits augmentent. Notre entreprise ne déroge pas à cette règle qui semble immuable aux yeux de mes contemporains.
Pour tout dire, j'ai définitivement abandonné tout espoir et toute illusion quant à un quelconque salut à venir. Les enjeux du pouvoir, aussi minimes et ridicules soient-ils, sont tels qu'ils
restent la seule motivation pour certaines âmes égarées en entreprise. Un temps, j'ai bien essayé. Mais le mal est tenace. Il a gangréné les corps et les esprits des nihilistes les moins
optimistes.

Comme le disait déjà Nicolas Machiavel au XVIème siècle: "
La
médisance irrite les hommes et ne les corrige pas". En entreprise, le but ultime de toute médisance ou de toute calomnie est non pas de "corriger" tel ou tel défaut de la nature humaine
mais de prendre soit la place d'un chef soit de passer devant un concurent en l'humiliant si possible devant un chef susceptible de le nommer chef. Un subalterne carriériste ne peut pas médire son
supérieur hiérarchique direct car il a besoin de lui pour être nommer chef. Une fois nommé, soyez certain que plus rien ne le retiendra. Par contre, ce même subalterne pourra favorablement médire
un autre chef que son chef direct car ce dernier y voit aussi un concurrent. Il y a ainsi une hiérarchie de la médisance qu'il ne faut jamais outrepasser sous peine de se voir définitivement
releguer aux bas fond de l'entreprise. La bonne nouvelle, c'est qu'à l'arrivée, le salut devient possible. Malheureusement pour eux, ils ne le savent pas.
Une variation de la médisance en entreprise est la malhonnêté intellectuelle. Celle-ci rejoind la médisance en ceci qu'elle vise
indirectement à médire sur l'autre, qu'il soit chef ou
concurrent. Elle peut prendre des aspects variés allant du simple mensonge d'un fait avéré mais que l'on veut à tout prix cacher aux yeux de son chef de peur de perdre le peu d'aura que l'on a
gagné en médisant, jusqu'à la perversion la plus sournoise. Autant la médisance est honnêtement prévisible, on dit par exemple du mal d'un concurrent pour lui prendre sa place, autant la malhonnêté
intellectuelle est une immondice sans fond car elle peut atteindre au degré suprême de l'ignominie. Exemple simple de malhonnêté intellectuelle en entreprise: recevoir de l'aide d'un responsable et
une fois le problème résolu ne jamais le remercier ni surtout en parler à quiconque de peur de passer pour un incompétent. Dire au contraire que l'on a résolu le problème seul et que la faute en
revient à tel logiciel.
La force de la médisance lorsqu'elle agit dans un environnement où celle-ci est généralisée tient au fait que c'est à la victime de prouver son innocence. Le calomniateur, lui, calomnie et c'est
tout; la haine ou l'avidité l'anime qu'il peut indifféremment alimenter par son refus de l'alterité (l'Autre, s'il veut survivre, doit accepter d'être nivelé au niveau du plus bas dénominateur
commun de médiocrité), la jalousie, la rivalité, la peur (de perdre son emploi, de passer pour incompétent, etc.), la stigmatisation de celui qui pourrait être susceptible de révéler les petits
secrets de famille, la domination...La liste est sans fin.
Commettre une médisance fait appel à bien peu de qualités alors que la réfuter en demande énormémement: beaucoup de mémoire, de bonnes facultés d'analyse, du sang froid, une assise psychologique
saine, du courage et éventuellement de l'humour et une bonne disposition au sarcasme afin de pouvoir répondre sans haine mais avec virulence. Comme le dit si bien La Rochefoucauld: "
On
est d'ordinaire plus médisant par vanité que par malice". Alors que l'homme d'esprit peut travailler une semaine complète sur un seul trait d'esprit afin d'en tirer le meilleur suc, l'homme de
pouvoir fera appel à ses plus bas instincts pour ne pas avoir à réveiller sa paresse intellectuelle. C'est ainsi que les sous-chefs nommé par un chef lui-même élu par sa faculté à calomnier mieux
que les autres sont trés majoritairement dépourvus d'esprit.
L'autre atout de la médisance est qu'elle fait boule de neige: elle nourrit et se nourrit de haine. Un proverbe chinois ne dit-il pas: "
Qui s'endort médisant se réveille calomnié"? En
entreprise, celui qui répand une médisance se trouve en général immédiatement soutenu par ceux, nombreux, qui auraient trop peur de la subir un jour. Aussi, naturellement, le médisant est
littéralement vu comme un chef potentiel par ceux nichés au même échelon que lui dans la hiérarchie de l'entreprise. C'est la raison pour laquelle la surenchère sied à la médisance.
La médisance fait pouffer les lâches. Le rire des lâches est malsain mais c'est l'expression de leur jouissance. La jouissance du médisant rejoint celle du criminel; elle est pathologique. Mais la
comparaison s'arrête là car le médisant jouit moins du malheur d'autrui que de lui même. Bien qu'il ait besoin d'oreilles de lâches pour médire, ni celles-ci ni les cerveaux auxquelles elles se
connectent ne participent ensuite à sa quête érotique. La preuve? Il vivrait une jouissance bien supérieure s'il acceptait de se trouver en compagnie d'hommes d'esprit supérieur, ceux-là même qu'il
ne cesse de calomnier. En définitive, il se masturbe.
Il ne faut pas confondre médisance et harcelement moral. Alors que la première est forcément rendue publique, le second est sournois et quasi invisible, répétitif et sans témoin, parfois non
verbal. La médisance a un grand avenir en entreprise car elle ne peut entrer dans aucune loi.
Pour répondre à la médisance, deux méthodes efficaces: le silence de la pensée soupoudré d'une jubilation à exceller au travail ou le sarcasme. Selon l'humeur, l'envie, le moment, l'ennui, je
choisis l'un plutôt que l'autre. Le sarcasme est jouissif pour l'esprit mais peut ne pas s'accomplir pleinement dans le cadre d'une entreprise sous peine de sanction. Par exemple l'utilisation de
l'injure, même sous la forme d'un trait d'esprit, est à proscrire.
Exemple de sarcasme à ne pas publier en entreprise:
Vous lisez un procés verbal publié sur un des forums de discussion de votre entreprise sur lequel est écrit: "Natacha Maystar a un
problème de communication avec Hendrik". Hendrick c'est vous et Natacha Maystar (NM) la médisante.
Voici une réponse sarcastique virulente difficilement publiable en entreprise:
Pauvre NM, obligé d'appeler au secours dans les forums de discussions, outil qu'elle n'a de cesse de dénigrer, inconsciemment du fait que son responsable n'est autre que moi, et sans doute
trop complexe pour sa cécité mentale.
Pour apaiser l'agitation maladive des deux seuls neurones qui lui reste, lesquels se battent continuellement en duel faute d'avoir trouver mieux à faire dans la boîte crânienne qui leurs sert de
prison, je veux lui dire ici combien j'acquiesse à son propre diagnostic: "NM a un problème de communication". Qu'elle précise "avec Hendrick" est secondaire pour quelqu'un d'un
peu réveillé (communiquer avec Hendrick est en effet pas si facile). Il faut entendre son aveu comme si NM le disait à son médecin: "Docteur, j'ai un problème de
communication".
En quelque sorte, Hendrick (NM ici omet le 'c' de mon prénom. Ce n'est en soi pas grave, c'est même fréquent, mais pour son cas désespéré, son médecin pourrait,
aussi, lui prescrire du poisson, du magnésium ou le calcium - bien que rien ne soit encore prouvé sur leurs effets bénéfiques - , et de pratiquer les mots croisés. Il pourrait dans la même veine
lui conseiller un travail intellectuel. Par exemple lire, écrire, comprendre, tout est bon pour entretenir les voies neuronales de sa mémoire - celles qui lui restent étant peu nombreuses elle
pourra favorablement se tourner vers le rayon enfant) n'est que le catalyseur, le révélateur de la gravité de son trouble.
En plus d'être hautaine, haineuse et méprisante, sèche et cassante (le terme précis est frigide), NM croit, toujours, que les informaticiens (et comme un hasard n'arrive jamais seul, il s'agit à
chaque fois d'hommes) qui lui révèlent gentiment son incompétence en Informatique (incompétence tout à fait normal puisque NM n'en a jamais reçu la formation) la prennent de haut parce qu'elle est
une femme.
Voici un exemple significatif je crois de l'incapacité de NM a communiquer simplement (y compris les fautes d'ortographes):
- NM:
hello,
sur webforum pourquoi je n'arrive ni à modifier ni à supprimer une annonce que j'ai postée moi-même???
Il semblerait que claude peut le faire, lui???
merci
- Hendrick:
Salut,
Voir ici:
http://entreprise/cancel.html
donc, avec webforum impossible, avec un lecteur classique (ex: thunderbird, Outlook Express) c'est possible.
A+
- NM:
je ne suis pas sûre d'avoir compris.
Sur webforum: impossible d'éffacer un article.
Cela veut dire que je ne peut pas effacer une annonce sur le web ou sur la page en question?
- Hendrick:
voilà. Il faut utiliser un vrai client pour ce faire.
- NM:
ben je suis une vraie cliente, j'utilise le service, il y a un espace vip??
- Hendrick:
vrai client= outlook express ou thunderbird par ex.
NM a un ego surdimensionné. Aussi, la simple transmission de données techniques que n'importe quel imbécile venu pourrait comprendre provoque chez elle une excitation mégalomaniaque qui d'un coup
devient un vrai sujet d'étude psychanalytique. Ici l'excitation mégalomaniaque se révèle sur le thème du "webforum":
Celui qui sait: Il faut utiliser un vrai client
NM: ben je suis une vraie cliente, il y a un espace vip?
Le thème est posé. NM, qui travaille dans le même service informatique que moi, devrait normalement savoir que l'on parle Informatique mais son ego surdimensionné veut lui faire croire que l'on
parle d'elle. Pour NM, il est impossible que l'on ne puisse pas parler d'elle. D'où son benêt "ben je suis une vraie cliente". Celui qui sait n'a jamais dit qu'elle n'était pas une vraie cliente,
il ne parle jamais de NM. Quand il dit "il faut utiliser", NM comprend immédiatement "il faut être", ou plus exactement "il faut que tu sois". Il s'agit donc bien d'un labsus qui révèle toute la
hauteur mégalomaniaque sur laquelle NM se croit assise.
De plus, comme si ça ne suffisait pas, NM ajoute "il y a un espace vip" sous entendu "et je n'y suis pas!!?". NM se croit importante, trés importante. Elle croit même être une personnalité.
[...]
Sinon, on peut répondre plus simplement par: "Hendrick aurait préféré que NM daigne faire les 30 métres qui les séparent plutôt que de médire malhonnêtement sur lui dans un PV".
A suivre.
* La Calomnie d’Apelles - Botticelli 1445-1510
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