Michael Brecker
Né le 29 mars 1949 aux USA à Philadelphie, michael Brecker nait selon moi artistiquement en 1987 avec son album éponyme, premier album solo du saxophoniste. Concernant ses expériences musicales précédentes, il disait "Je craignais de m'exposer, une espèce de frayeur infantile me poussait à rechercher le confort des groupes, où décisions et déceptions sont partagées".Car avant sa deuxième naissance - sa renaissance à lui même et pour lui-même - et bien qu'il soit déjà un instrumentiste particulièrement doué et renommé, il n'était sans doute pas encore vraiment sorti du cocon familial. Ce n'est pas pour rien qu'il a longtemps joué avec son frère trompettiste dans un groupe au nom révélateur: "The Breckers Brothers". Ce n'était pas encore lui, mais sa famille jouant au travers de lui. Rappelons que son père, lui même pianiste de jazz, était un amateur particulièrement averti qui accompagnait ses deux fils aux concerts de Miles Davis, Thelonious Monk ou à encore de Duke Ellington.
En concert, ce qui frappe au premier abord c'est le corps musical imposant de michael Brecker. Il dépassait d'une bonne tête n'importe quel autre musicien présent sur scène. Silhouette en forme de grand "S" toute projetée en direction de son frêle instrument à vent, petit "s" lové au creux de ses deux grands bras. Deux "s" enlacés jouissants de s'embrasser sans fin, en public, sous les feux de la rampe, langue de l'un accolée à la bouche de l'autre, souffles mêlés dans un face à face musical et divin.

Toute proportion gardée, cela me fait penser à cette somptueuse interprétation du Zohar* à propos des baisers: "L'un donne un souffle à son ami et prend le souffle de cet ami auquel il s'est attaché. Il en résulte que son souffle et le souffle de son ami cela fait deux. Il en va de même chez son ami. Quatre souffles en résultent donc qui s'unissent ensemble dans ces baisers".
Un grand corps en forme de "S", donc, protecteur et dominateur penché vers son Autre et cherchant à entremêler son souffle à l'inspiration de l'Autre pour mieux le faire résonner.
De loin, son saxophone paraissait minuscule, sorte d'appendice buccal miraculeux, d'où rugissait ce son divin et d'une rare intensité, droit sorti de ce grand corps musical. Ce n'est pas une banalité que de dire de michael Brecker qu'il faisait corps avec son instrument. Il pouvait ainsi déclarer à propos de ce dernier: "It’s as if I own every molecule of the instrument".

1987 "Michael Brecker"
1988 "Don't Try This At Home"
1990 "Now You See It"
1996 "Tales From The Hudson"
1998 "Two Blocks from the Edge"
1999 "Time Is of the Essence"
2000 "Two Blocks from the Edge"
2001 "Nearness of You: The Ballad Book"
2003 "Wide Angles"
Malgré sa grave maladie découverte été 2005, il réussit l'exploit d'enregistrer un dernier album avec Herbie Hancock, Brad Mehldau, Pat Metheny, John Patitucci et Jack DeJohnette.

Mort le 13 janvier 2007 à 57 ans, sa musique résonne (on pourrait presque dire raisonne tant sa musique est pleine de sens) pourtant en ce moment précis, dans mon salon, dans tout mon corps, vivante, glorieuse, triomphante, en un mot pleine de vie.
Quelques liens utiles:
Live avec vidéos :http://www.youtube.com/watch?v=GRFMG5C2PPA
Son site: http://www.michaelbrecker.com/
Michael Brecker vivant:
* Cantique des cantiques "Qu'il me baise des baisers de sa bouche, car tes caresses sont meilleures que le vin" (Cant. 1:2)
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